Lycée MARCEAU
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Une histoire de clichés ?
mercredi 20 janvier 2010

Le film Certains l’aiment chaud (Some like it hot) de Billy Wilder, sorti en 1959, raconte les aventures mouvementées de deux musiciens forcés de se travestir en femmes pour échapper à la mafia, au moment de la prohibition. C’est donc une comédie légère qui, loin de dénoncer les grands problèmes de l’époque qu’elle aurait pu aborder ( la prohibition, le statut précaire des artistes et la place de la femme dans la société), se complaît dans une vision caricaturale des femmes comme des hommes et de la société américaine de l’époque.

Dans un premier temps, force est de constater que le film présente une vision stéréotypée des femmes. En effet, les artistes féminines de la compagnie musicale sont infantilisées, comme en témoigne la party improvisée dans la couchette de Daphné. Les jeunes femmes s’ingénient à mélanger toutes sortes d’alcool dans une bouillotte servant de shaker, pour échapper à la surveillance de la directrice artistique, Sweet Sue, qui se comporte avec elles comme une véritable surveillante générale d’un collège de jeunes filles. D’ailleurs comme des gamines naïves, elles sont incapables de démasquer les deux travestis : leur crédulité confine à la bêtise ! Elles se montrent trop souvent frivoles. Les travestis finissent par donner une image caricaturale des femmes. : Joe et Jerry sont pour le spectateur des caricatures qui paradoxalement correspondent parfaitement à l’image de la femme que la société présentée dans le film s’en fait.

De plus, elles ne cherchent pas à s’émanciper, ni de la tutelle ridicule de Sweet Sue, ni du rapport de séduction instauré avec les hommes. Elles ne sont montrées que comme des objets sexuels. En atteste la scène de leur arrivée dans le grand hôtel, où elles sont l’objet de la convoitise de tous les clients et même du groom ! D’ailleurs, l’un des travestis les compare toujours à des gâteaux (des « flancs » !). Elles ne semblent nullement chercher leur accomplissement dans leur art. A aucun moment il n’y a de réflexion sur la qualité de leur interprétation musicale. Leur seul objectif de réalisation est le mariage avec un homme riche. Elles ne cherchent pas le Grand Amour, mais l’argent des millionnaires, et n’hésitent pas à se marier avec l’un d’eux, quel que soit son âge. Le film les présente comme des femmes vénales. Cependant, le film en dit beaucoup sur une société qui n’offre aux femmes comme perspective d’avenir que le mariage pour échapper à la précarité de leur condition sociale. Mais tout cela apparaît en filigrane et on peut regretter que le problème ne soit pas explicitement abordé dans le film.

Mais si les femmes ne sont guère montrées à leur avantage, les hommes ne sont pas mieux traités. En effet, le film n’échappe pas non plus au stéréotype masculin, où les hommes traitent les femmes comme des objets sexuels, qui sont alors comparées à des sucreries. Pour pouvoir les séduire ils iront même jusqu’à se mettre en danger, comme le fera Joe en se déguisant en milliardaire. De plus, l’idée de se travestir pour échapper à la mafia est insensée, et les mènerait vers un danger encore plus certain. En effet, à la fin du film, les deux hommes sont démasqués justement par la mafia à cause de leur étrange comportement envers les femmes, et il ne suffira que de la curiosité des bandits pour que démarre une ultime course poursuite.

Les policiers ne sont pas mieux lotis, et n’échappent pas aux clichés. Ainsi, le commissaire de police qui surveille les mafieux dans le hall de l’hôtel, et qui essaye de se fondre dans la masse incognito, se cache derrière la gazette policière ! On montre une fois de plus le cliché de cette police inefficace face au crime.

Enfin, les milliardaires ne sortent pas sans quelques stéréotypes. En effet, le milliardaire Osgood Fielding est comme tenu en laisse par sa mère, qui en vient même à choisir ses amours ! Ceci dénonce le cliché du (jeune) milliardaire gouverné par sa famille, et par conséquent, par sa richesse.

Ce film de Billy Wilder marque une rupture dans la longue lignée de ses films. En effet, contrairement à, par exemple, « Sabrina » ou encore « l’Appartement », on ne dénonce pas les problèmes importants de la société, tels que la prohibition, la différence entre classes sociales, ou encore l’homosexualité. Ces grands tabous ne sont dans le film que survolés, laissant place à de multiples stéréotypes. On est donc déçu par ce film qui n’est autre qu’une parodie burlesque de la société américaine des années 30 sans pour autant informer le spectateur d’une éventuelle critique a son égard.